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Sommeil et rêves
Dr Jean-Michel Crabbé Mis à jour le 3 mars 2010
Histoire, physiologie, interprétation de S. Freud à C.G. Jung Médecine, maladies et rêves
Printemps 2010 : nouveau livre, "Le journal de mes nuits" aux éditions Robert Laffont, une expérience pratique et autobiographique des rêves : En savoir plus.
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L'importance historique et scientifique du rêve 
Le rêve était un phénomène essentiel pour de nombreuses cultures, y compris dans le judaïsme et le christianisme. Dès les premiers siècles de l'ère chrétienne, le rêve a été exclu de notre civilisation occidentale, son interprétation a été interdite et assimilée aux pratiques divinatoires comme le tarot ou l'astrologie.
Au XXe siècle, S. Freud et sa psychanalyse ont à nouveau attiré l'attention de psychiatres, de psychologues et de chercheurs sur le rêve et sa fonction. Rapidement, d'autres chercheurs ont critiqué la psychanalyse et une conception freudienne de la psyché et du rêve dogmatique, réductrice et fondée sur le complexe d'Oedipe. Des psychiatres comme C.G. Jung, Henri Baruk ou Viktor E. Frankl ont défendu des conceptions entièrement différentes de la psyché, de la psychothérapie et des rêves. Des neuro-biologistes comme Michel Jouvet nous ont donné une définition plus expérimentale et physiologique du rêve :
« Le rêve rend opérationnels les conditionnements innés de nos systèmes neuronaux. C'est le gardien de l'équilibre psychique et des comportements spontanés. Le rêve est une protection contre les erreurs de comportement, la déraison, les actes inconsidérés, les influences perverses et néfastes. » Michel Jouvet. Le sommeil et le rêve. Odile Jacob, 1992.
Ou encore :
« Les rêves sont une nécessité biologique et forment une fonction d'intégration et de récupération aussi importante que nos grandes fonctions physiologiques. » Pierre Magnin. Le Sommeil et le Rêve. PUF "Que Sais-je", 1990.
Aujourd'hui le rêve est un domaine immense que l'on peut aborder sous des angles historiques, anthropologiques, littéraires, neuro-physiologiques, médicaux, psychologiques, psychanalytiques et spirituels...
Une expérience personnelle de 10 000 rêves 
Ce dossier ne repose pas sur des idées en l'air mais sur une expérience personnelle approfondie : je parle d'un domaine que je connais bien. Je note tous mes rêves depuis mai 1984 et à raison d'environ 400 rêves/an, j'ai dépassé le cap des 10 000. La pile de mes "cahiers de rêves", 200 pages chacun, est déjà assez conséquente, comme le montre cette photo ! Et il y a aussi tous ceux qu'on m'a raconté et que j'ai lus. D'autres détails à ma page "Auteur".
De S. Freud à C.G. Jung
Pendant des siècles, l'analyse des rêves est restée populaire, empirique, remplie de contradictions et d'incohérences, basée sur d'anciennes clés des songes. Cette situation a changé au début du XXe siècle avec la psychanalyse.
Pour la psychanalyse de S. Freud, le complexe d'Oedipe et le refoulement de pulsions infantiles jouent un rôle essentiel. Chaque rêve serait une réalisation déguisée d'un désir sexuel ou violent refoulé. L'inconscient freudien est une sorte de poubelle psychique. Le complexe d'Oedipe est la racine d'une névrose collective qui se manifeste dans les valeurs morales, les traditions et les religions des peuples.
À l'opposé, pour la psychologie analytique de C.G. Jung le rêve est en relation avec l'individuation, fonction naturelle de croissance et d'équilibre du système psychique. L'inconscient jungien est la base et la source du développement psychique de l'individu et de la collectivité.
Psychanalyse et judaïsme : Henri Baruk et Viktor Frankl 
La psychanalyse freudienne est souvent ressentie comme une discipline juive et ses adversaires comme C.G.Jung ont été accusés d'antisémitisme.
Henri Baruk : psychiatre, correligionnaire de S. Freud, chef de service à Charenton pendant 40 ans, professeur et membre de l'académie de médecine, auteur de nombreux ouvrages. Il a combattu une doctrine freudienne ennemie de tout système de valeurs morales individuelles, familiales ou collectives.
Selon Henri Baruk, la psychanalyse freudienne est dangereuse pour l'individu, la famille et la société. Opposée à toute loi morale, elle conduit à une sorte de religion du plaisir, à la satisfaction aveugle des instincts et à une sexualité sans limites. La psychanalyse freudienne conduit à l'égocentrisme et à la loi du plus fort, à la violence, aux conflits familiaux, au désordre social et au paganisme.
Pour Henri Baruk, Freud est l'un des responsables de la Shoah : en élaborant une doctrine contraire à la foi et à la mission du peuple juif, Freud serait, avec Karl Marx, l'un des faux prophètes responsables d'une rupture d'Alliance qui met en danger l'existence même du peuple juif.
SOURCES : Henri Baruk sur Jewisheritage et sur wikipedia.
Henri Baruk. La psychiatrie française de Pinel à nos jours. PUF, 1967. Henri Baruk. Des hommes comme nous. Robert Laffont, 1976, etc...)
Wikipedia : La littérature de la Shoah (Wikipedia).
Viktor E. Frankl : Psychiatre et ancien analyste freudien, survivant des camps de concentration. Il a, lui aussi, abandonné la psychanalyse freudienne et développé une psychothérapie qui rend à l'existence individuelle son sens par la créativité, par l'amour et par la transcendance. En se référent à son expérience de la Shoah, Frankl nous montre qu'un homme peut vivre (sans drogues) dans des circonstances dramatiques et se rétablir même après avoir perdu plus que l'essentiel.
SOURCES : Viktor E. Frankl. Découvrir un sens à sa vie. Les éditions de l'homme, 2006. Interview en anglais sur Youtube.
On peut regretter que Baruk et Frankl n'aient pas étudié les rêves.
Le sommeil paradoxal : Michel Jouvet 
Dans les années 60, la découverte du sommeil paradoxal est une révolution. La neurobiologie démontre que le rêve est un phénomène naturel propre à tous les mammifères et aux oiseaux, associé à une activité neuro-biologique très spécifique, rythmique.
« Il n'y a aucune preuve que les mécanismes cellulaires à l'origine du sommeil paradoxal soient provoqués par la faim, le sexe ou un autre instinct, ou par des désirs réprimés... » Mc Carley et Hobson. Neurobiological origins of psychoanalytic dream théory. Am. J. Psychiat. 1977.
Pour la neurobiologie, le rêve est une fonction physiologique à part entière, il ne s'agit pas d'un phénomène uniquement psychique lié à des pulsions refoulées.
Avec le sommeil paradoxal, la neurobiologie donne raison à Jung contre Freud.
Médecine, maladie et rêve 
Pendant des millénaires, les hommes ont observé des relations entre les rêves et les maladies organiques, à tel point qu'on cherchait dans le rêve des indications pour soulager ou guérir les malades.
Aujourd'hui la neurologie montre que le sommeil paradoxal et le rêve forment une fonction physiologique à part entière. L'analyse des rêves de malades peut jouer un rôle important dans une approche globale, organique et psychique, de la médecine et de la maladie :
Le rêve a une place en médecine.
Le rêve a une fonction psychique et thérapeutique.
Les relations entre corps et psyché sont étudiées dans le dossier "psychosoma".
Définitions 
La physiologie du sommeil est un domaine scientifique exploré en laboratoire. Michel Jouvet, neurophysiologiste français, a découvert le sommeil paradoxal. Ses travaux ont inauguré 40 années de recherches multidisciplinaires internationales et ses méthodes d'enregistrements polysomnographiques du sommeil sont utilisées dans le monde entier.
Le sommeil paradoxal est une activité neurophysiologique rythmique dont l'existence même contredit la doctrine médicale officielle d'un retour à l'équilibre physiologique pendant le sommeil. Même si quelques vagues souvenirs de rêves semblent provenir d'autres phases du sommeil, le sommeil paradoxal est la période privilégiée pour le déroulement et la mémorisation des rêves.
Le rêve est un phénomène psychique individuel, qu'on ne peut ni enregistrer, ni reproduire en laboratoire. Pour connaître ses propres rêves, il faut les écrire pendant des années, ce qui conduit à des points de vue très variés et discordants. Michel Jouvet est l'un des rares scientifiques à faire un tel travail et à parler de son expérience quotidienne du rêve.
La doctrine freudienne à propos du rêve est contredite par la neurophysiologie et par l'expérience quotidienne. Voir l'exemple très significatif "Freud et les rêves d'astronautes" au chapitre 8. En revanche, la conception jungienne du rêve s'accorde avec la neurophysiologie et avec l'expérience que chacun peut avoir de ses propres rêves.
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